Origines musicales [modifier]
Une fusion de styles
Le rock doit ses origines à de nombreuses musiques populaires du début du XXe siècle aux États-Unis, toutes, jusqu'alors, très catégorisées, limitée chacune à un public ou des interprètes très définis : le jazz, le boogie-woogie, le rythm and blues, le blues, pour les « musiques de noirs » ; le country et le folk pour les « musiques de blancs ». La fusion de ces styles deviendra le rock'n'roll :
Le rock emprunte les instruments du jazz (guitare, contrebasse, batterie, saxophone...), au blues les douze mesures et la suite d'accords « I-IV-V », au country le rythme binaire avec un tempo rapide et enfin au folk certaines ballades traditionnelles jouées au tempo d'origine ou accélérées.
Des innovations d'enregistrement
1) Le slap de contrebasse
L'utilisation agressive de la contrebasse, jouée en frappant les cordes, permet d'ajouter des effets de percussion dans la section rythmique; on peut entendre cet effet dans That's all right mama de Elvis Presley, dans laquelle on croit entendre des sons de percussions que l'on pourrait attribuer à une batterie; on sait aujourd'hui que Bill Black "donnait des claques" aux cordes de sa contrebasse.
2) Le "slapback"
Un écho court utilisé à cette époque sur les voix et les guitares. Le principe consistait à mixer, avec un magnétophone à bande, le son direct avec son retour monitor; le décalage de quelques centimètres entre la tête d'enregistrement et celle de lecture induisait quelques dixièmes de seconde de retard; l'écho à bande était né (Sam Philips des studios Sun en était un des précurseurs). Des pédales d'effets électroniques pour guitare reproduisent aujourd'hui cet écho court qui permet d'obtenir un son rockabilly des plus réalistes.
3) « La puissance du chant »
Les chanteurs ont un chant puissant, en dehors de toute technique classique de chant, loin des chanteurs de Jazz. On peut citer Little Richard comme exemple.
Origines sociales [modifier]
Sud des USA
Le rock'n'roll est une musique venue essentiellement du sud des États-Unis, même si au nord, à Chicago, la maison de disque Chess s'y fait remarquer. Le nombre de musiques et la place qu'elles occupent dans le quotidien des américains des états du Sud y ont certainement contribué; les musiciens à la recherche de nouveauté y puiseront ce qu'ils n'appellent pas encore le rock'n'roll.
Classes populaires
Le sud des États-Unis n'est pas une région riche à l'époque. Nombre de descendants d'esclaves y chantent encore le Blues dans la misère. La plupart des musiciens qui se feront connaitre sont d'ascendance modeste (Elvis est chauffeur de camion, par exemple).
Noirs et blancs
Contrairement aux pratiques musicales de l'époque, les musiciens de rock seront indifféremment blancs ou noirs. Jusqu'à ce qu'Alan Freed ait la bonne idée de faire connaitre aux blancs la musique noire nommée R'n'B, chacun écoutait le style de musique qui "convenait" à son appartenance ethnique. Le rock fera tomber ces barrières. Citons parmi les musiciens blancs: Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Bill Haley... et parmi les noirs : Fats Domino, Chuck Berry, Bo Diddley, Little Richard, Ike Turner, ...
Revendications d'une nouvelle classe sociale : les adolescents (teenagers)
Le rock doit également sa puissance au besoin d'exister des jeunes dans les années 1950, après la 2e guerre mondiale.
Contrairement à ce que l'on pense souvent, les jeunes des USA ne sont pas si révoltés que cela à cette époque. La guerre n'a pas ravagé leur pays (n'y ayant subi aucune invasion ni bombardement, excepté celui, fort lointain puisque situé au milieu du Pacifique, de Pearl Harbor). Bill Haley avec ses Comets a déjà 30 ans lorsqu'il sort Crazy Man Crazy en 1953, Elvis Presley est chauffeur de camion lorsqu'il enregistre pour sa mère son premier disque, Jerry Lee Lewis est déjà marié à 20 ans, etc. Les paroles des chansons ne prônent rien d'autre que de l'amusement[2], de la joie de vivre, de dépenser sa paie hebdomadaire[3], de courir les filles[4], ... bref les jeunes Américains des années 1950 respirent le bon vivre de l'American way of life.
Le rock devient l'expression de la rupture d'avec la génération précédente et n'est rien d'autre dans le fait musical, que l'apparition du be bop au cours de la décennie précédente qui avait bousculé les conventions musicales de l'époque. La comparaison s'arrête là car le be-bop était surtout un fait de musiciens[5] de jazz, donc noirs pour la plupart, alors que le rock est plutôt le fait d'un besoin d'expression de jeunes blancs du Sud.